De la Thiérache à la Haute-Savoie
Revenu à Hannapes dans l'Aisne le jeudi soir vers 18h30, il me reste quelques petits préparatifs avant d'être prêt pour prendre le départ de la Haute-Savoie. Je retrouve Nico qui, tout comme moi, est existé à l'idée de faire ce raid, puis Marie nous rejoint juste avant un repas glucidique (pâte oblige...). Marie nous sera d'une très grande aide ce week-end car elle s'occupera de notre assistance et s'avéra être une fois de plus« la maman des thiérachiens ». Nous quittons les plaines picardes vers 21h00 pour rejoindre 7h00 plus tard les montagnes du massif des Aravis en Haute-Savoie. La route sera calme et plutôt longue en fin de parcours avec la montée de Manigod (950m d'altitude) vers l'Etale ( 1400m d'alitude) où nous attend notre logement. Il est alors pas loin de 5h00 du matin quand nous arrivons à bon port. A peine, les bagages posés dans l'appartement que nous filons directement nous coucher alors que dehors, le soleil pointe son nez. Six heures plus tard, nous nous réveillons doucement.
Vers 14h30 Emilien notre 3ème équipier doit arriver en gare d'Annecy. Après un rapide petit déj, nous filons le récupérer. Sur place nous retrouvons Emilien arrivant sur le quai de la gare avec des affaires pleins à craquer ; sac à dos rempli à bord, housse de pagaies ou encore housse de vélo en mains. Nous le soulageons rapidement de tout ce poids et les retrouvailles sont aussitôt chaleureuses.
Le parcours du combattant commence car Emilien nous propose un bon plan pour un peu de shopping pour des prix intéressants, puis nous devons faire quelques courses alimentaires, faire le plein de carburant et enfin aller à la petite salle des fêtes de Manigod pour 18h00 où l'accueil y sera convivial pour la vérification administratif de l'équipe, du matériel, le repas puis le briefing.
Préambule au raid 74
La vérification administrative sera l'occasion de retirer les plaques : nous sommes l'équipe n°111 « Team Thiérache Ecouvillon Nutventure » engagé sur le format de course « la Grande Bambée » (2+1 assistant remplaçant) avec au programme initial entre 170 km et 200 km pour 7000 m de D+. Cependant les deux premières sections du raid seront modifiées car dehors le temps est à l'orage et à la pluie et suite aux directives du peloton de gendarmerie de Haute-Savoie, toutes sections de nuit où le terrain est humide avec des passages en haute altitude jugés à risque doivent être annulée. Par conséquent, nous ne ferons pas la première section de VTT de 30 km et les deux tiers du premier Trek dont la distance totale devait être de 21 km. Le départ ne sera donc pas donné à Manigod à 3h30 comme prévu mais à 7h00 près du petit Bornand. L'organisation gérera très bien ce contre-temps de dernière minute en modifiant les barrières horaires des sections et en réservant un bus pour les raideurs de l'Euroraid n'ayant pas d'assistance afin de les emmener sur le lieu de départ.
Après la vérification du matos place au repas. L'occasion de discuter avec les voisins, lire le road-book, coller les stickers « Raid 74 » sur les casques et de rentrer tout doucement dans la course. Nous remarquons qu'il y a un sacré gratin de très bons raideurs nationaux comme l'équipe Ertips, deux équipes de Team Vibram Sport 2000 Lafuma, Issy aventure, Lozère sports nature, le Mont d'Or XTTR 63 ou encore des raideurs tel que Cyril Margaritis de l'équipe « Briard Team » revenu en Février de la Patagonian Expédition Race, raid de 600 km à travers la Patagonie. Par ailleurs, une équipe hollandaise ou encore belge sont présentes sur le format Euroraid (2 raideurs sans assistance) pour disputer cette manche composant les WERS 2009 (West European Raid Series).
Après le repas et le briefing nous repartons à l'appartement aux Etales pour organiser le camion assistance et les sacs. Nous mettrons en autre les plaques et l'éclairage sur les bikes, contrôler le matériel obligatoire dans les sacs, équiper les sacs de bouffe, gourdes ou camelbak. Vers 23h00, tout est bouclé, nous sommes fin prêt..reste plus qu'à dormir quelques heures et se rendre à 5h40 au point de rendez-vous fixé par l'organisation à Manigod.
Petite nuitée à Merdassier
Cette nuit sera moins courte que ce qui était prévu à l'origine à cause du départ décalé à 7h00 au lieu de 03h30...quelques heures de sommeil en plus ne feront pas de mal.
4h30, la sonnerie « Mission impssible » du téléphone nous réveille...ça met tout de suite dans le contexte. Alors que je dors profondément, ce réveil fait mal et il me faudra un peu de temps pour émerger, de même pour Nico et Marie alors qu'Emilien est déjà sur le pied de guerre.
Un brin de toilette rapide puis un peu de gâteau sport et du thé feront l'affaire pour le p'tit déjeuner avant de quitter l'appartement vers 05h15 direction Manigod. Le ciel est nuageux, un peu de brume à droite, à gauche, quelques éclaircies et pas de pluie à l'horizon.
Dernière ligne droite avant le départ...
Comme prévu, nous sommes à Manigod à 5h40. Les équipes de l'Euroraid seront amenés au lieu de départ en bus et nous devrons suivre ce dernier en convoi. Après un peu d'attente, nous prenons la route. Le bus nous emmènera près du petit Bornand, là où aurait dû se trouver le CP6.
Cette fois-ci, nous ne pouvons plus marche arrière, nous y sommes bien...le départ de ce raid 74 que nous préparons depuis un peu plus de deux mois est imminent. Notre objectif commun : se faire plaisir sur un terrain complètement différent de d'habitude et aller au bout de cette aventure en faisant du mieux possible pour collecter le plus de CP .
L'organisation nous donne la première carte du raid, nous devons rejoindre le Col des Glières à 1440 m par un Trek avoisinant les 8 km. Nico et moi se plaçons parmi le peloton de raideurs prêt et motivé à partir pour 27h-28h00 d'effort.
Un petit Trek jusqu'au plateau des Glières
A 7h00, le départ est donné et 200 m après celui-ci, une bonne mise en bouche car le sentier à emprunter en mini-serpentin va droit dans le pentu. Pour le moment, le peloton s'effiloche dans ce single où il est impossible de doubler. Après quelques mètres, les mollets sont tout de suite bien chauds. Durant cette montée, nous en profitons pour discuter avec nos voisins de table grenoblois de la veille qui sont juste derrière nous. Une fois que le sentier s'élargit, ils prendront leurs envols. A la fin de ce sentier, une route se profile puis il faut prendre de nouveau un autre single en sous-bois le long d'un alpage avant de rattraper un plateau entrecoupé de parties planes, de légères descentes et montées. Un petit footing est alors de rigueur sur les portions planes...ça repose un peu les mollets. Pas mal d'équipes qui étaient derrière nous rattrape sur les portions planes...c'est qu'ils marchent rapidement quand il s'agit de monter sur le plateau. Durant l'ascension jusqu'au plateau, Nico a chaud et su de grosses gouttes. Après ces 8 premiers kilomètres et 700 m de D+ effectué en 1h25 nous rejoignons Emilien et Marie au point d'assistance. Ayant bien transpiré et souffrant d'un léger mal d'estomac, Nico préfère laisser sa place à Emilien pour la section optionnelle de CO à pied. Nous pensions enchaîner par le VTT mais la section de VTT n'ouvrant qu'à partir de 10h50, nous optons pour aller récupérer quelques balises sur la CO. Je quitte mes bâtons, me restaure un peu car l'estomac gargouille déjà et m'hydrate avant de se lancer sur cette CO qui pour nous sera d'un nouveau genre.
CO sur le plateau des Glières
Même si la carte s'intitule plateau des Glières, ce n'est pas pour autant que ce sera plat et à la lecture des définitions de postes, « intersections ruisseaux », « sous le pont », « sommet », « falaise extrémité Nord-est »...pas de doute, on va bien s'amuser. 26 balises à récupérer, ce ne sera pas du gâteau mais l'organisation avait prévenu la veille que même les meilleurs en auront 20...donc nous nous tablons sur une petite dizaine.
La CO sera pimentée par des traversées d'alpages où une végétation très humide m'arrive par endroit à la taille, de ruisseaux ou encore de mini canyons dont un avec des odeurs nauséabondes et dans lesquels l'évolution est un réel plaisir mais où la prudence est de rigueur pour ne pas glisser. Emilien est à l'orientation et je conforte dans ses choix. Cette orientation nous change par rapport aux terrains sur lesquels nous évoluons habituellement car des éléments naturels tels que des rochers ou encore des falaises, rares dans notre région, sont de nombreux éléments sur lesquels nous pouvons nous appuyer ici pour dénicher les balises. Après deux balises en poche, nous jardinerons sur notre troisième « extrémité de bosquet ». La région est un peu marécageuse et très rapide, nos chaussures et chaussettes se transforment en véritables éponges. Seulement impossible de mettre le nez sur ce foutu CP. Avec Emilien, nous décidons de la zapper et poursuivre vers un CP suivant « intersections de ruisseaux ». Il nous faut alors rejoindre un petit cours d'eau descendant et le longer pour arriver pile dessus. Nous sommes bien dans la carte et de balises en balises, le chrono tourne. Nous devons revenir avant 11h00 car après cette barrière horaire, toutes les balises poinçonnées ne seront pas prises en compte...ça serait dommage d'avoir fait deux heures de CO pour rien. Nous finissons la CO avec 9 balises, 8 km de plus et 328 m de D+.
Du Col des Glières (1440 m) à Alex (550 m) en VTT
La brume s'invite tranquillement sur le plateau des Glières. Nous nous équipons alors de notre veste de pluie pour la section VTT suivante ayant un gros profil descendant. Nous devons également prendre le matos de trek (bâtons et shoes), prévoie assez de nourriture et d'eau pour la suite car il n'y aura pas d'assistance après le VTT. Nous retrouverons Nicolas et Marie à Annecy au bord du lac. Une fois équipé et ravitaillé, il est un peu plus de 11h00 lorsque nous amorçons notre descente VTT de 14 km. Encore un peu de plateau en suivant le GR au départ puis les choses sérieuses commencent, la descente s'amorce rapidement. Une descente dont le sol est parsemé de grosses caillasses. Il faut bien se mettre à l'arrière du vélo, ça chauffe dans les cuisses et dans les mollets, ça chauffe dans les avant-bras et les doigts à force de freiner et ça chasse tantôt de l'arrière, tantôt de l'avant car les pneus roulent sur les gros cailloux. Nous faisons quelques arrêts dans les virages afin de soulager tout ça alors que les autres équipes déboulent à vive allure. Non loin du CP 7, nous allons commettre une erreur d'orientation, il faut faire demi-tour et de nombreuses équipes nous rejoignent alors que nous étions seules. Nous leur indiquons que ce n'est pas le bon chemin mais personne ne tient compte de notre remarque. En faisant marche arrière, nous trouvons ensuite le bon chemin à droite d'un cours d'eau. Les autres équipes feront demi-tour car bientôt un peloton arrive derrière moi. Je les sens derrière ma roue arrière alors que le sentier devient bientôt très escarpé, technique et en bord de falaise. Le CP suivant, où un organisateur contrôle le numéro de chaque équipe, montre le bout de son nez. Nous préférons laisser passer les équipes d' « extra-terrestre » au lieu de se mettre en danger. Certains endroits de cette sente très escarpée en descente sont très techniques et nous préférons les passer à pieds. La descente continuera ainsi jusqu'à rejoindre un village pour longer le bord du Fier dans la vallée sur un sentier en sous-bois sur lequel nous poinçonnons le CP8. Ce sentier est détrempé, nous devons traverser de grosses flaques d'eau et dans l'une, une grosse caillasse camouflée sous l'eau va percuter mon dérailleur arrière. Ce dernier remonte dans les rayons et je suis obligé de stopper et d'enlever la roue arrière pour récupérer le dérailleur dans la roue. Fort heureusement, la patte du dérailleur est pliée mais pas cassée, je peux donc continuer mais la transmission ne sera plus à 100% au top. Emilien étant parti légèrement devant fera demi-tour se doutant de quelque chose d'anormal. A cet instant, la seule équipe féminine sur l'Euroraid nous rejoint et nous continuerons le reste du VTT avec elles sauf en fin de section où nous prendrons u n peu d'avance.. Au CP9, on décide alors de les attendre quelques petites minutes mais personne à l'horizon...nous continuons donc direction le parc à VTT situé à deux mètres du CP. Cependant avant de rejoindre le bike parc marquant la fin de cette section VTT, une petite traversée à gué dans le « Fier » avec portage du VTT où l'eau bien fraîche arrive à ma taille... excellent !
Trek : en route vers le lac d'Annecy
Cette fois-ci, pas d'assistance. Nous troquons nos chaussures automatiques pour nos running de Trail, nous équipons de nos bâtons et laissons nos VTT sur place que l'assistance récupérera un peu plus tard. Alors que nous nous changeons, l'équipe des filles arrive sur le point de changement d'activité et partent avant nous.
Emilien part récupérer la carte pour le Trek et c'est parti. Nous longeons une route sur 150 mètres au début et afin de passer de l'autre côté de la route, nous devons passer sous un pont où se trouve le CP 10 et bien évidemment nos pieds tremperons de nouveau dans une eau fraîche. A ce moment, nous rattrapons l'équipe des filles. Nous faisons un petit bout de chemin ensemble avant de les quitter juste au départ de l'ascension...mais elles nous rattraperons bien vite. Alors que nous commençons le single en lacets, nous apercevons des équipes qui sont déjà bien plus haut que nous, il y a encore du chemin avant de rejoindre le sommet. Un gel énergétique dans la montée nous sera de rigueur d'autant qu'Emilien me dit d'accélérer notre allure dans la montée car avec sa douleur au ménisque, nous perdrons plus de temps en descente. Nous voyons notre équipe de filles quelques lacets en dessous en train de nous reprendre tout doucement. L'une d'elle, sans bâtons, tracte sans coéquipière par une tirette...impressionnant. Elles perdront cependant un peu de rythme en fin d'ascension car nous ne les voyons plus. Une fois en haut de ce single, nous atteignons un gros sentier puis de nouveau un single en sous-bois accidenté de pierre et de racines. Et bientôt, alors que nous sortons du sous-bois, une vue imprenable sur le lac d'Annecy et les alentours s'offre à nous.
Malheureusement pas d'appareils photos pour immortaliser la vue, dommage. Juste avant de rejoindre le CP 11 en haut du belvédère, l'ascension finit en escaladant les roches à l'aide d'un câble. Nous atteignons le CP où un contrôleur attend. Il nous apprend que les premiers sont passés il y a un peu plus d'une heure. D'ailleurs de ce magnifique point de vue, nous apercevons les trois premières équipes qui ont déjà débutés la section Kayak sur le lac d'Annecy. Ils nous apparaissent comme des fourmies. Avant d'entamer la descente jusqu'à Annecy, j'en profite pour manger un peu de salé (cacahuètes, chips,..) car je commence à saturer légèrement du sucré. Une fois ravitaillé, nous empruntons un chemin large pour débuter la descente, un chemin qui nous amènerons sur une vielle route de montagne avant de rejoindre un parking puis emprunter un single technique jusqu'aux abords du lac. Alors que nous sommes dans ce single où nous essayons d'aller vite malgré les racines, les rochers parfois ronds et glissants, nous entendons des voix derrière. Et là surprise, les filles reviennent sur nous pour bientôt nous talonner et nous presser dans la descente. Nous discutons en même temps et apprenons que l'une d'elle a vécu 7 ans à la réunion, a quatre diagonales des fous, 3 réunion aventure et un raid Canéo à son actif ...on comprend mieux le fait qu'elles sont à l'aise en descente et le rythme qu'elles nous imposent. Nous préférerons alors les laisser passer car Emilien glisse dans un lacet et se cogne le même coude, endolori de la même façon quelle heure plus tôt lors de la CO sur le plateau des glières. Nous freinons donc notre allure car la fin du raid est encore loin. En attendant, la fin de cette section de 11 km est m D+ est marqué par le CP 12 où nous voyons Nicnic, ancien équipier sur le Canéo et bénévole pour l'occasion, qui nous encourage, ça nous fait plaisir et cela nous booste entre autre pour rejoindre le point d'assistance.
Il est alors environ 15h30 et je vais laisser ma place à Nico pour la section Kayak car voilà déjà un peu de plus de 8h que je suis en course.
D'Annecy au bout du lac pour rejoindre Sévrier en Kayak
Vous l'aurez donc compris, Nico et Emilien partent pour un petit tour du lac d'Annecy en Kayak. A 15h45, Nico et Emilien partent sur cette étendue d'eau bleu turquoise.
Pendant ce temps, après un bon ravitaillement et changement de vêtements, je pars avec Marie en camion direction Alex, là où nous avions laissé les VTT. Une fois les VTT récupérés, réapprovisionnement en eau dans un supermarché avant de se diriger vers Sévrier où nos deux kayakistes vont débarquer.
Leur début en Kayak ne sera pas hyper simple, le temps de bien se synchroniser au niveau de la navigation et de trouver la première balise pour se mettre en confiance, surtout que celle-ci se situe à 12 km du point d'embarquement. Nico et Emilien poinçonneront le premier CP après 02h35 d'effort vers 17h50. Il y a au total 5 balises à poinçonner sur cette section. Cependant, il faut atteindre le CP 2 avant 18h30 pour pouvoir poursuivre la section entièrement. Dans un élan de motivation, Nico et Emilien mettront les bouchées doubles en tirant davantage sur les bras pour arriver sur la deuxième balise dans le timing. Il est 18h23 lorsqu'ils atteignent ce CP. Nos deux raideurs évoluent convenablement au beau milieu du lac dans ce magnifique cadre pour récupérer les trois dernières balises de la section.
Cependant au point de débarquement à Sévrier, l'organisation nous annonce que les sections de Trek de 10 km & CO optionnelle qui suivent fermeront à 20h30 et les barrières horaires de la section roller sont de 21h08 à 21h17. Pour les sections Trek & CO, nous sommes donc certains qu'il est trop tard et avec Marie, nous espérons que Nico et Emlilien arriveront dans les délais pour partir sur le roller. Il ne reste plus que deux Kayak sur le lac, le leur et celui de nos amies raideuses. Tiens, un Kayak au loin...Marie s'empresse d'aller voir mais il s'avère que les filles ont doublés nos deux jeunes raideurs. Maintenant, c'est certain le prochain Kayak, c'est le bon...mais l'heure tourne. Vingt minutes après le débarquement de l'équipe féminine, j'aperçois Nico et Emilien qui auront fait ce 29 km de Kayak en 5h00. Nous les encourageons sur les derniers mètres et à peine leurs pieds à terre que nous leur expliquons brièvement la situation.
Ce timing change un peu nos prévisions concernant les duos sur les sections. Etant donné qu'Emilien est en course depuis 12h30 d'effort environ, je reprends le flambeau avec Nico comme coéquipier.
Roller by night de la Haute-Savoie à la Savoie
La transition est rapide surtout pour Nico revenant tout juste du Kayak. Nous devons partir avant le gong de 21h17. Et c'est chose faite car je récupère la carte 3 minutes avant le « dead line ». Je m'occupe de l'orientation sur cette section. Ce n'est pas ce qu'il y aura de plus difficile car toute la section de roller se fait sur une piste cyclable reliant Annecy à Ugine. Alors que le départ en roller est donné, le jour commence à laisser place tout doucement à la nuit. Nous partons à une allure raisonnable et le premier CP est pointé après une bonne vingtaine de minute. Les CP suivants seront plus loin. La piste cyclable nous laisse une belle vue sur le lac et avec la nuit tombante, le paysage n'est que plus beau. La piste cyclable étant une ancienne voix ferrée, nous traversons au premier tiers du parcours dans un tunnel éclairé. Derrière ce dernier, les frontales seront obligatoires car la luminosité diminue. A mi-parcours, nous rattrapons quelques équipes, dont la plupart sont sur l'Euroraid et du moins que l'on puisse, l'état de quelques un n'est pas au beau fixe. Certains se plaignent de douleurs, d'autres endormis se font tracter par leur coéquipier et nous verrons une équipe, probablement à moitié en train de somnoler, se prendre une barrière. Heureusement plus de peur que de mal pour ses raideurs. Le ciel devant nous est noir encre et laisse entrevoir des éclairs...pourvu que le temps se maintienne pour le VTT à suivre. Bientôt nous atteignons Faverges où un CP se trouve à l'entrée du village puis un autre à la sortie du bourg. C'est notre ami Nicnic de Grenoble qui pointe les équipes à cette troisième balise de la section. La fin commence à se faire longue pour Nico qui me demande si nous allons atteindre le point d'assistance. Bientôt, nous quittons la Haute-Savoie pour rejoindre la Savoie et ça ne se voit rien que par le changement de revêtement de sol légèrement un peu plus chaotique du côté savoyard. Une dernière partie de piste en sous-bois avant d'apercevoir des gyrophares des voitures de l'organisation qui nous indiquent la fin de cette section de 25 km que nous avons effectuées en 2h00. Nous avons patinés tellement « vite » qu'Emilien n'avait pas remarqué notre arrivée.
Nico ayant enchaîné Kayak et roller ne se sent pas d'attaque dans l'immédiat pour continuer en VTT. Je vais me lancer sur la section VTT avec Emilien.
1700m de D+ pour une trentaine de kilomètres en VTT
Cette section sera, pour ma part, l'une des plus inoubliables du raid car il nous est pas courant de passer une nuit entière à faire du VTT en montagne.
Pour se lancer sur cette section, pas question d'oublier une batterie de frontales de rechanges mais aussi prévoir des vêtements chauds. Avant de prendre le départ pour cette section où Emilien assurera l'orientation sur une carte IGN au 1/100000 ème, je me ravitaille avec bananes, Gato-sport et Coca..25 km de roller, ça creuse.
Une fois bien équipé avec frontales sur casques et éclairages sur les vélos, nous commençons notre périple vététiste nocturne aux alentours de 23h45. A cette heure, la nuit s'est bien installée.
Nous quittons Nico et Marie en sachant que nous les reverrons à l'aube.
Dès le départ, nous n'aurons pas le droit à un peu de plat car la section débute directement par une petite route de col comptabilisant plus de 50 lacets qui nous emmènera à 1581 m d'altitude...nous sommes dans la vallée à 425 m d'altitude, donc autant se dire que l'ascension sera longue et elle le fût jusqu'à l'intersection marquant le sommet. Au premier tiers de l'ascension, nous apercevons un peu plus haut des frontales d'autres équipes. Nous les rattraperons pour doubler d'ailleurs une dizaine d'équipes durant cette montée. Notre allure est lente, 5-6-7 km/h s'affiche sur mon compteur, mais constante. Je vois les kilomètres défiler tout doucement mais il faut ne pas lâcher l'effort et rester motivé. Nous discutons donc pas mal avec Emilien ce qu'il permet de penser à autre chose tout en avançant.
Comme en roller, nous doublons des équipes en train de somnoler tout en poussant à pied leurs VTT. Certaines équipes, dont l'équipe des filles, préféreront stopper au bord de la route pour dormir quelques minutes avec leurs couvertures de survie. Après avoir croisé un camion laitier descendre à vive allure, nous arrivons sur les hauteurs et l'air se rafraichit rapidement. Nous nous équipons bientôt de notre veste de pluie plus chaude lorsque le fameux sommet à 1581 m d'altitude est atteint. Il est alors 2h15 du matin, ce qui signifie que nous avons mis deux heures et trente minutes pour effectuer 16 km sur cette route de col qui commençait à me paraître interminable. La suite sera un peu différente car nous arrivons sur un plateau avec parfois des descentes, parfois des montées (tout de même moins longue que ce que nous avons grimpé jusqu'à maintenant). Mais avant d'aller plus loin, nous en profitons pour faire une pause de 10-15 minutes devant le Mont Charvin qui se profile devant nous afin de manger du salé : chips, saucisson, noix de cajou..hum, ça me semble trop bon, surtout que j'avais faim. Nous profitons de ce moment de répit pour éteindre nos frontales et admirer l'immense ciel étoilé qui s'offre à nous ainsi les silhouettes des montagnes en second plan et la ville d'Ugine illuminée un peu plus bas dans la vallée. A cet instant, j'aurai envie d'arrêter le temps. Mais le raid n'est pas fini, il faut continuer. Avant de repartir, nous téléphonons à notre assistance pour leur indiquer que nous devrions théoriquement atteindre le point d'assistance dans deux heures.
Après cette courte pause, il est temps pour Emilien de changer de batterie, la luminosité de sa frontale s'estompant. La mienne en fera de même trente minutes plus tard. La suite du parcours se fait sur un large sentier caillouteux d'un plateau plus ou moins vallonné. En descente, on en profite pour tout relâcher. Soudain, une tente illuminée se profile en contrebas... il s'agit du premier CP de la section (CP 25), c'est pas trop tôt, celui-ci se faisait attendre. Dans la tente, le contrôleur ne se risque pas à mettre le pied dehors préférant rester au chaud.
Maintenant direction le CP 26 qui se situe non loin du Col des Aravis à 1436 m d'altitude alors que le jour commence à se lever tout doucement sur les montagnes.
Notre compteur nous indique 30 km, c'était à l'origine le kilométrage prévu de la section...il va encore valoir prendre son courage à deux mains pour atteindre le CP 27 (dernier de la section) puis rejoindre l'assistance. Soudain, la montre d'Emilien se met à sonner ; il est 4h30 du matin, ça fait 24h que nous sommes éveillés. Les quatre heures et demi de VTT commence à me tirailler un peu partout (fesses, bras, nuque). Je demande à Emilien de mettre pied à terre de temps à autre tout en avançant. J'en profiterai entre autre pour me ravitailler en biscuit sucré alors que Emilien pousse mon VTT. Pour arriver sur le dernier CP, nous empruntons un single d'alpage assez technique après avoir traversé un petit cours d'eau. On fera juste une petite erreur d'orientation à ce niveau qui nous vaudra un micro demi-tour. Dans ce dernier single nous emmenant sur les hauteurs de la Clusaz, Emilien fera un petit soleil et se claque de nouveau le coude...la fatigue commence à se faire sentir pour nous deux d'autant que le sentier est technique, il faut rester vigilant. Maintenant, le jour est bien installé quand nous poinçonnons le CP 27 situé en dessous d'un télésiège. La fin de la section jusqu'à l'assistance se termine par un large sentier caillouteux à profil ascendant. Nous faisons à peine un tiers de celui-ci sur la selle avant de pousser nos vélos jusqu'à l'assistance au Col de la Croix Fry (1467 m d'altitude). Il nous faudra un dernier effort sur les derniers mètres car la fin se termine dans une herbe d'alpage détrempée. Un petit portage pour passer un petit fossé où j'aide mon coéquipier puis à 5h45, nous rejoignons le camion avec 38 km de plus dans les jambes. Nous sommes dans un bel état de fatigue et Nico, réveillé vers 5h00, nous accueille, content de nous revoir.
CO matinale sur le Col de la Croix Fry
Il nous reste très peu de temps pour partir sur la CO à pied car cette section ferme à 7h00. Je me dis qu'avoir une ou deux balises en plus dans la poche, ce sera déjà ça pour l'équipe. Après un changement de vêtement et un micro ravitaillement, je repars avec Nico à la recherche des deux CP les plus proches du point d'assistance alors qu'Emilien ira s'allonger à l'arrière du camion...accompagner Marie qui est à moitié dans les bras de Morphée.
Nico est à l'orientation, je vais me contenter de le suivre. Il y a 20 balises sur cette CO. Nous partons alors sur les deux plus près mais pas non plus les plus car il nous faut remonter dans les herbes trempées et hautes des pistes de ski pour les atteindre, tout deux situé tout en haut de télésièges. Et une fois les deux balises poinçonnées, il nous faut redescendre les pistes pour pointer 10 minutes juste avant le gong.
De retour de la CO, n'ayant pas fermé l'½il depuis vingt six heures et trente minutes, je ne peux pas continuer sur la VTT'O optionnelle et puis il faudra encore un peu d'énergie pour le Trek de fin. Nico n'osera pas réveillé Emilien, bien endormi, pour partir sur cette VTT'O optionnelle. Nico attendra donc l'ouverture de la dernière section qui s'ouvre à 10h00. Pendant ce temps, juste après un petit déjeuner pain choco, jus d'orange, je pars m'allonger à l'avant du camion. Ni une, ni deux je m'endors rapidement.
Trek final jusqu'à Manigod
Une heure et demi après ce petit sommeil, Nico me réveille car dans une demi heure, nous pourrons partir sur la dernière section qui sera très ludique. Emilien ayant déjà bien crapahuté et souffrant d'une douleur au ménisque gauche, je pars donc en duo avec Nico.
Vers 10h00, nous débutons le Trek qui aura un profil descendant à l'inverse du premier Trek du raid. En effet, nous sommes à la Croix Fry (1467 m)et nous allons rejoindre l'arrivée située à Manigod (950 m). Nous devons pointer 3 balises sur le Trek : CP A, B et C.
Nico prend la carte. La première balise est très rapidement trouvée, reste à se frayer un chemin pour aller sur le CP B...ce qui sera moins évident. La descente vers Manigod continue sur de larges sentiers caillouteux parfois en plein soleil, parfois en sous-bois. Nous sommes avec trois autre équipes, dont une en mixte venant de Calais et qui fait le raid Carlosso (raid découverte avec 2h d'effort le samedi et 5 h le dimanche). Tout en avançant, nous en profitons pour discuter puis un momen,t je demande à Nico de faire le point sur l'orientation et il s'avère que nous avons loupé un sentier...l'orientation n'est pas évidente, il va donc falloir couper à travers des pâtures pour tracer au plus vite vers le CP B. A ce moment, mes articulations commencent à fatiguer surtout la cheville gauche qui me tiraille un peu. Après ce passage en pâture, nous rejoignons une route puis un sentier qui doit mené sur le CP. Juste avant de joindre ce sentier, nous passons une énième clôture électrique et traversons un troupeau de vache. La suite sera magnifique, nous devons évoluer parfois en longeant et traversant un ruisseau et parfois en sous-bois pimenté par de passages sur passerelles. En traversant, le cours d'eau , nous restons vigilant à nos appuis. Deux kilomètres plus loin, nous atteignons un pont sur lequel se trouve le dernier CP du raid, CP C.
Maintenant, il faut rejoindre Manigod qui se trouve sur l'autre versant de la montagne. Une route de bitume puis de nouveau une descente à travers pâture et enfin le dernier sentier en sous-bois à profil ascendant qui nous ramènera jusqu'à Manigod après quasiment deux heures et trente minutes sur ce Trek final pour 9 km. Nous passons alors la ligne d'arrivée où Emilien et Marie nous attendent appareil photo en main. Il est alors pas loin de 11h30 ce dimanche matin, soit 28h30 après notre départ de la veille. Nous sommes contents d'être arriver au bout de cette magnifique aventure, de s'être fait réellement plaisir et d'en avoir pris pleins les yeux.
Repas de clôture, résultats et retour vers la Thiérache
Vers midi, après s'être rapidement lavé et changé, nous avons le droit à un succulent et copieux repas dans la salle des fêtes du bourg où nous ne repartirons pas les mains car chaque équipes sera récompensée d'un fromage local : le fameux reblochon. Dans notre catégorie, nous terminons 13 ème....sur 13 équipes. La première place de notre catégorie « Grande Bambée » revient à l'équipe Mont d'Or XTTR 63.
Quant à l'autre circuit « Euroraid », l'équipe d'Ertips remporte une nouvelle fois cette édition du raid 74, vient en seconde position « Sport Nature Ville la Grand» et sur la troisième marche du podium l'équipe Sport 2000 Lafuma Sport composée de Raphael leloup et Guillaume Demangeon.
Mais l'ensemble des équipes peuvent être fiers de leurs performances réalisées ce week-end.
Enfin après le repas, l'occasion aussi de remercier toute l'équipe organisatrice et son coordinateur ainsi que les bénévoles comme Nicnic et Greg qui ont fait un super boulot et nous ont offert un magnifique raid avec des sections ludiques et physiques comme il le fallait.
Nous touchons donc au terme de notre aventure Haute-Savoyarde. Il ne restera plus qu'à profiter le lendemain du beau temps, du paysage et du terroir en passant une journée de repos bien méritée à la Clusaz puis une fois avoir tout emballé, rangé, et après avoir déposé Emilien le mardi à la gare d'Annecy, nous reprenons la route du nord avec des souvenirs, des images et anecdotes pleins la tête.
Alexis.